Le pasteur de nos jours se sent déchiré. Il se
sent déchiré parce qu’il est appelé à être un « leader » tel que
défini dans les livres de leadership modernes (à la John Maxwell ou Jack
Canfield) et à la fois un superviseur, un berger d’un troupeau de vraies
personnes qui ont des besoins et des défis. Le modèle donné dans les livres de
leadership est celui d’un homme charismatique,
visionnaire, inspirant qui sait s’entourer d’une équipe formidable. L’Église
doit être « rentable » si elle est pour accomplir sa mission. Pour
être rentable, elle doit grandir. Son PIB doit monter afin d’être au minimum
proportionnel au salaire d’une équipe professionnelle grandissante. Dans ce
contexte, les bénévoles sont traités comme des employés. S’ils ne désirent pas
viser l’excellence ils seront remplacés par d’autres qui n’attendent qu’à
prendre leur place. Dans ce modèle, un des rôles du pasteur-PDG est d’être un
chercheur de têtes afin d’aller chercher de nouveaux talents. Il a aussi le
profil pour convaincre des investisseurs de financer le projet de l’église
comme étant un « projet gagnant ». Après tout, les investisseurs
veulent un rendement sur investissement intéressant. On veut bâtir une culture
de l’excellence. On veut que les gens qui nous visitent soient marqués par
notre professionnalisme et la qualité de nos nombreux services. Tous les
pasteurs environnant apprécient de voir leurs collègues qui fittent ce modèle
et espère tant bien que mal de le répliquer.
Il y a plusieurs problèmes avec cette
proposition. Premièrement, la réalité est que beaucoup des livres de leadership
vont seulement encourager ceux qui sont déjà prédisposé avec un certain type de
personnalité. L’autre est que que les méga-églises ne représentent en fait que
1% des églises en Amérique du Nord. 90% des églises sont entre 60-100
personnes. Pour donner une comparaison, les méga-églises sont des
méga-corporations comme Google, Facebook ou Microsoft alors que 90% sont des
entreprises familiales. Une entreprise familiale n’est pas la même dynamique qu’une
grande corporation. Pourquoi ? Parce qu’on travaille avec la famille. Difficile de mettre à la porte l’oncle Fred ou
d’être exigeant.
L’église au niveau légal au Québec est une OBSL
(Organisme Sans But Lucratif). Au niveau de notre fonctionnement nous
ressemblons au monde communautaire. Le monde communautaire est un milieu
particulier. Pensons bazars d’églises, friperies, centre d’aide familiale. Des
bénévoles parfois un peu loufoques, le manque de finances (dépendant des dons
et des subventions) et un directeur qui, même s’il le veut bien, rirait
probablement à l’idée de devenir une « grande » OSBL. Les milieux communautaires ne savent souvent
pas d’une année à l’autre s’ils pourront garder les portes ouvertes l’année
prochaine. Lors d’une visite dans un milieu communautaire, j’ai aperçu une
affiche avec cette réflexion : « Avant de critiquer un bénévole,
demandez-vous si vous pouvez les remplacer ! ». Il peut être difficile de
demander l’excellence – ou même de hauts standards – quand les gens ne
reçoivent aucune rémunération. Le milieu du bénévolat se retrouve souvent avec
des gens qui arrivent en retard, ne se pointent pas par oubli ou parce que
quelque chose de plus important leur est proposé.
Quand je pense à la vie de l’église au Québec,
souvent avec des assemblées des moins de 100 personnes je ne peux être que
marqué par notre ressemblance davantage au milieu communautaire. C’est l’animateur
en avant qui endort pratiquement les gens avec la bienvenue ou les annonces, ce sont
des choristes qui ont le cœur à la bonne place mais qui n'arrivent pas à atteindre la note…
Je me rappelle, dans une de mes églises où j’ai dû intervenir à cause d’une
chicane entre plusieurs personnes… à propos de la composition de la sauce à
spaghetti pour une levée de fonds pour envoyer des jeunes au camp d’été. (J’aimerais
dire que c’est une farce)… ou encore de gens qui ont fait 100 km aller-retour
un lundi matin pour venir chez moi à l’improviste pour me souligner qu’on avait
dépassé la fin du service du dimanche de 5-10 minutes deux semaines de suite. Ou encore... quelqu'un qui se plaignant d'un non retour d'appel étant avec mon épouse à l'hôpital disait à un autre membre : "Mais il y a un téléphone dans la chambre d'hôpital!" Quand on contraste les rêves de leadership, de rôles et
de grandeur de ceux qui aspirent à être un pasteur-PDG avec la réalité du travail
sur le terrain, je crois qu’il faut un appel au réveil.
Comme le disait John Piper dans son livre du
même nom : « Mes frères, nous ne sommes pas des « professionnels ».
Nous n’avons pas un travail de bureau, de 9 à 5. Notre travail ne consiste pas
uniquement à inspirer des gens à la vision d’agrandissement de notre
église-entreprise et à aller dans des conférences de développement personnel et
professionnel qui gardent le rêve professionnel alive. Nous sommes des bergers, au milieu d’un troupeau de brebis
qui parfois sentent… comme des brebis ! J’ai
travaillé comme directeur où il y avait une ferme avec des animaux… Avez-vous
déjà essayé d’amener un bouc à quelque part qui ne veut pas aller ? Il ne
voulait pas venir et, me percevant comme une menace à sa volonté personnelle, son
objectif était de me donner un coup de cornes dans mes parties intimes. Le
travail pastoral c’est souvent plus comme ça…
Ne pas changer notre perspective aura un effet
décourageant sur les pasteurs. On dit qu’en moyenne un pasteur « toffe »
3-5 ans dans une église en Amérique du Nord. Il « amène » l’église là
où il a été capable et si les actionnaires ne le trouvent pas assez efficaces
(ou s’il se brûle à essayer), on le remplace avec un autre PDG qui, on l’espère,
apportera l’église-entreprise plus loin.
Nous pouvons trouver réconfort dans l’expérience
et la persévérance de l’apôtre Paul qui nous décrit son expérience de la vie pastorale :
« J'ai bien plus connu les travaux pénibles, infiniment plus les coups,
bien plus encore les emprisonnements, et j'ai souvent été en danger de mort. 24 Cinq fois j'ai reçu des Juifs les quarante coups moins
un, 25 trois fois j'ai été fouetté, une fois j'ai été
lapidé, trois fois j'ai fait naufrage, j'ai passé un jour et une nuit dans la
mer. 26 Fréquemment en voyage, j'ai été en danger sur
les fleuves, en danger de la part des brigands, en danger de la part de mes
compatriotes, en danger de la part des non-Juifs, en danger dans les villes, en
danger dans les déserts, en danger sur la mer, en danger parmi les prétendus
frères. 27 J'ai connu le travail et la peine, j'ai été
exposé à de nombreuses privations de sommeil, à la faim et à la soif, à de
nombreux jeûnes, au froid et au dénuement. 28 Et, sans
parler du reste, je suis assailli chaque jour par le souci que j'ai de toutes
les Eglises. (2 Corinthiens 11.24-28 – Segond 21)
Mes frères, gardons les yeux fixés sur Jésus,
sur Paul, sur nos ancêtres dans la foi et continuons le bon combat, un jour à
fois… le royaume de Dieu est semblable à une graine de moutarde…

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