mardi, mai 30, 2017

Le pasteur… président-directeur général d’entreprise ou personne en charge d’une OSBL ?



Le pasteur de nos jours se sent déchiré. Il se sent déchiré parce qu’il est appelé à être un « leader » tel que défini dans les livres de leadership modernes (à la John Maxwell ou Jack Canfield) et à la fois un superviseur, un berger d’un troupeau de vraies personnes qui ont des besoins et des défis. Le modèle donné dans les livres de leadership est celui d’un homme charismatique, visionnaire, inspirant qui sait s’entourer d’une équipe formidable. L’Église doit être « rentable » si elle est pour accomplir sa mission. Pour être rentable, elle doit grandir. Son PIB doit monter afin d’être au minimum proportionnel au salaire d’une équipe professionnelle grandissante. Dans ce contexte, les bénévoles sont traités comme des employés. S’ils ne désirent pas viser l’excellence ils seront remplacés par d’autres qui n’attendent qu’à prendre leur place. Dans ce modèle, un des rôles du pasteur-PDG est d’être un chercheur de têtes afin d’aller chercher de nouveaux talents. Il a aussi le profil pour convaincre des investisseurs de financer le projet de l’église comme étant un « projet gagnant ». Après tout, les investisseurs veulent un rendement sur investissement intéressant. On veut bâtir une culture de l’excellence. On veut que les gens qui nous visitent soient marqués par notre professionnalisme et la qualité de nos nombreux services. Tous les pasteurs environnant apprécient de voir leurs collègues qui fittent ce modèle et espère tant bien que mal de le répliquer.

Il y a plusieurs problèmes avec cette proposition. Premièrement, la réalité est que beaucoup des livres de leadership vont seulement encourager ceux qui sont déjà prédisposé avec un certain type de personnalité. L’autre est que que les méga-églises ne représentent en fait que 1% des églises en Amérique du Nord. 90% des églises sont entre 60-100 personnes. Pour donner une comparaison, les méga-églises sont des méga-corporations comme Google, Facebook ou Microsoft alors que 90% sont des entreprises familiales. Une entreprise familiale n’est pas la même dynamique qu’une grande corporation. Pourquoi ? Parce qu’on travaille avec la famille.  Difficile de mettre à la porte l’oncle Fred ou d’être exigeant. 

L’église au niveau légal au Québec est une OBSL (Organisme Sans But Lucratif). Au niveau de notre fonctionnement nous ressemblons au monde communautaire. Le monde communautaire est un milieu particulier. Pensons bazars d’églises, friperies, centre d’aide familiale. Des bénévoles parfois un peu loufoques, le manque de finances (dépendant des dons et des subventions) et un directeur qui, même s’il le veut bien, rirait probablement à l’idée de devenir une « grande » OSBL.  Les milieux communautaires ne savent souvent pas d’une année à l’autre s’ils pourront garder les portes ouvertes l’année prochaine. Lors d’une visite dans un milieu communautaire, j’ai aperçu une affiche avec cette réflexion : « Avant de critiquer un bénévole, demandez-vous si vous pouvez les remplacer ! ». Il peut être difficile de demander l’excellence – ou même de hauts standards – quand les gens ne reçoivent aucune rémunération. Le milieu du bénévolat se retrouve souvent avec des gens qui arrivent en retard, ne se pointent pas par oubli ou parce que quelque chose de plus important leur est proposé.

Quand je pense à la vie de l’église au Québec, souvent avec des assemblées des moins de 100 personnes je ne peux être que marqué par notre ressemblance davantage au milieu communautaire. C’est l’animateur en avant qui endort pratiquement les gens avec la bienvenue ou les annonces, ce sont des choristes qui ont le cœur à la bonne place mais qui n'arrivent pas à atteindre la note… Je me rappelle, dans une de mes églises où j’ai dû intervenir à cause d’une chicane entre plusieurs personnes… à propos de la composition de la sauce à spaghetti pour une levée de fonds pour envoyer des jeunes au camp d’été. (J’aimerais dire que c’est une farce)… ou encore de gens qui ont fait 100 km aller-retour un lundi matin pour venir chez moi à l’improviste pour me souligner qu’on avait dépassé la fin du service du dimanche de 5-10 minutes deux semaines de suite. Ou encore... quelqu'un qui se plaignant d'un non retour d'appel étant avec mon épouse à l'hôpital disait à un autre membre : "Mais il y a un téléphone dans la chambre d'hôpital!" Quand on contraste les rêves de leadership, de rôles et de grandeur de ceux qui aspirent à être un pasteur-PDG avec la réalité du travail sur le terrain, je crois qu’il faut un appel au réveil.

Comme le disait John Piper dans son livre du même nom : « Mes frères, nous ne sommes pas des « professionnels ». Nous n’avons pas un travail de bureau, de 9 à 5. Notre travail ne consiste pas uniquement à inspirer des gens à la vision d’agrandissement de notre église-entreprise et à aller dans des conférences de développement personnel et professionnel qui gardent le rêve professionnel alive. Nous sommes des bergers, au milieu d’un troupeau de brebis qui parfois sentent… comme des brebis !  J’ai travaillé comme directeur où il y avait une ferme avec des animaux… Avez-vous déjà essayé d’amener un bouc à quelque part qui ne veut pas aller ? Il ne voulait pas venir et, me percevant comme une menace à sa volonté personnelle, son objectif était de me donner un coup de cornes dans mes parties intimes. Le travail pastoral c’est souvent plus comme ça…

Ne pas changer notre perspective aura un effet décourageant sur les pasteurs. On dit qu’en moyenne un pasteur « toffe » 3-5 ans dans une église en Amérique du Nord. Il « amène » l’église là où il a été capable et si les actionnaires ne le trouvent pas assez efficaces (ou s’il se brûle à essayer), on le remplace avec un autre PDG qui, on l’espère, apportera l’église-entreprise plus loin.

Nous pouvons trouver réconfort dans l’expérience et la persévérance de l’apôtre Paul qui nous décrit son expérience de la vie pastorale : « J'ai bien plus connu les travaux pénibles, infiniment plus les coups, bien plus encore les emprisonnements, et j'ai souvent été en danger de mort. 24 Cinq fois j'ai reçu des Juifs les quarante coups moins un, 25 trois fois j'ai été fouetté, une fois j'ai été lapidé, trois fois j'ai fait naufrage, j'ai passé un jour et une nuit dans la mer. 26 Fréquemment en voyage, j'ai été en danger sur les fleuves, en danger de la part des brigands, en danger de la part de mes compatriotes, en danger de la part des non-Juifs, en danger dans les villes, en danger dans les déserts, en danger sur la mer, en danger parmi les prétendus frères. 27 J'ai connu le travail et la peine, j'ai été exposé à de nombreuses privations de sommeil, à la faim et à la soif, à de nombreux jeûnes, au froid et au dénuement. 28 Et, sans parler du reste, je suis assailli chaque jour par le souci que j'ai de toutes les Eglises. (2 Corinthiens 11.24-28 – Segond 21)

Mes frères, gardons les yeux fixés sur Jésus, sur Paul, sur nos ancêtres dans la foi et continuons le bon combat, un jour à fois… le royaume de Dieu est semblable à une graine de moutarde…

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