Ce billet est en réponse à l'article de La Presse « Jeter
le bébé avec l’eau du bain » de Michèle Ouimet http://plus.lapresse.ca/screens/56c03b3f-0a27-4516-bb5c-f28a91ffa183|_0.html
Devrions-nous accepter de l'aide bénévole de groupes religieux dans les écoles ? Poser la question ainsi c'est y répondre en bonne partie car elle frappe l'imagination. On s’imagine le pire : des gens avides de nouvelles âmes à rajouter à leur fidèles visent les enfants dès la tendre enfance...
Force est de constater que si le groupe en question était des bouddhistes, la question ne se poserait probablement même pas : on leur ouvrirait la porte. Par contre, si le groupe était raëlien, clairement on voudra éviter tout contact "au cas-où". Dans ce sens, pour se protéger des pires, il vaut peut-être mieux interdire tout groupe religieux par peur de prosélytisme.
J'ai travaillé au primaire pendant quelques années et j'ai remarqué que ce sont souvent les chrétiens qui font preuve de plus de retenue que les autres par rapport à parler de leur foi devant la classe pour ne pas, justement, imposer leur pensée aux élèves. Par contre, j'ai vu une professeure de 3ème année parler de la "force de l'univers" tout en enseignant les mathématiques. Devrait-on demander aux professeurs de faire une "déclaration d'athéisme" pour pouvoir enseigner dans nos écoles ? Après tout on laisse une foule de "religieux" enseigner dans nos écoles.
Devrions-nous accepter de l'aide bénévole de groupes religieux dans les écoles ? Poser la question ainsi c'est y répondre en bonne partie car elle frappe l'imagination. On s’imagine le pire : des gens avides de nouvelles âmes à rajouter à leur fidèles visent les enfants dès la tendre enfance...
Force est de constater que si le groupe en question était des bouddhistes, la question ne se poserait probablement même pas : on leur ouvrirait la porte. Par contre, si le groupe était raëlien, clairement on voudra éviter tout contact "au cas-où". Dans ce sens, pour se protéger des pires, il vaut peut-être mieux interdire tout groupe religieux par peur de prosélytisme.
J'ai travaillé au primaire pendant quelques années et j'ai remarqué que ce sont souvent les chrétiens qui font preuve de plus de retenue que les autres par rapport à parler de leur foi devant la classe pour ne pas, justement, imposer leur pensée aux élèves. Par contre, j'ai vu une professeure de 3ème année parler de la "force de l'univers" tout en enseignant les mathématiques. Devrait-on demander aux professeurs de faire une "déclaration d'athéisme" pour pouvoir enseigner dans nos écoles ? Après tout on laisse une foule de "religieux" enseigner dans nos écoles.
Ma recherche dans le cadre de ma maîtrise en philosophie se
faisait dans le cadre de l’éthique de l’éducation et s’intitulait : « Est-ce un comportement éthique
responsable pour un intervenant en milieu scolaire – primaire ou secondaire –
de partager ses valeurs – religieuses ou laïques – avec les élèves ? ».
Ma conclusion est qu’une valeur est une valeur qu’elle base sa justification
sur une conception religieuse du monde ou sur la morale kantienne. Il existe
des valeurs négatives. Par exemple, la supériorité de la race aryenne était une
valeur importante pour Adolf Hitler et pourtant elle supposait un modèle
athée.
L'erreur fondamentale de notre société est de penser que
l'on devrait seulement empêcher les croyants des religions d'être dans des
écoles. Dans les faits, toute philosophie qu'elle soit religieuse ou athée est
ce que l'on appelle en philosophie une "conception particulière du Bien".
Les gens ont tendance à penser que s'ils sont athées ou non-religieux, ils sont
alors "neutres". Je connais des athées qui sont agressifs et
militants dans leur athéisme et qui tentent de convaincre même... les
étudiants à l'école dans le cadre de leurs cours. J'en ai rencontré qui
enseignent le cours d'éthique et de cultures religieuses au secondaire. Prof de
philo de formation et ayant enseigné ECR au secondaire je suis fier de dire que
j'ai amené les étudiants à penser et réfléchir à ces questions sans pour autant
leur dire quoi penser. Je suis capable de distinguer entre mon rôle de
professeur et mes convictions personnelles auxquelles je crois fermement. La
cour suprême du Canada pense d'ailleurs la même chose. Dans Trinity Western
University v British Columbia College of Teachers, le collège d’enseignant de la Colombie Britannique stipulait que des
étudiants sortant d’une université chrétienne reconnue par l’État ne devraient
pas avoir le droit d’obtenir un brevet d’enseignement car ils amèneraient leurs
élèves à être intolérant et à partager leur moralité étroite. La
cours suprême a déterminé que les chrétiens étaient bien capables - comme les
autres d'ailleurs - d'exercer une certaine neutralité et retenue par rapport à
leurs convictions personnelles lors de leur enseignement.
Par contre, qu'on le veuille ou non, chaque conception particulière du Bien est suivie une certaine forme de prosélytisme. Les tenants de la laïcité radicale - qui écrivent ces articles - tentent de convaincre les autres d’adopter leur vision de la laïcité. On essaie de convaincre les autres que notre point de vue est meilleur que le leur dans tous les domaines de la vie aussi banaux soient-ils : quelle est la meilleure épicerie, qui est le meilleur chiro, parti politique, cinéma, employeur, Mac ou PC, Canadiens ou Bruins, laïcité fermée ou laïcité ouverte à la plurialité, etc.
Pendant longtemps la classe politique a tenté d'évacuer le religieux de l'école - malgré la volonté des parents. Ceux-ci ont constamment poussé pour un retour - d'où le cours d'ECR. Le Québec de Marois n'était pas le Québec des québécois : l'échec de la charte en est un exemple marquant. Les québécois sont pour une pluralité du religieux dans le respect des uns et des autres tout en tenant compte que l'État se doit de préserver une neutralité religieuse. Ce n'est pas le rôle de l'état de faire la chasse aux sorcières pour éliminer de chanter "O Clair de la Lune" dans les garderies car elle contient le mot "Dieu" dedans !
Par contre, qu'on le veuille ou non, chaque conception particulière du Bien est suivie une certaine forme de prosélytisme. Les tenants de la laïcité radicale - qui écrivent ces articles - tentent de convaincre les autres d’adopter leur vision de la laïcité. On essaie de convaincre les autres que notre point de vue est meilleur que le leur dans tous les domaines de la vie aussi banaux soient-ils : quelle est la meilleure épicerie, qui est le meilleur chiro, parti politique, cinéma, employeur, Mac ou PC, Canadiens ou Bruins, laïcité fermée ou laïcité ouverte à la plurialité, etc.
Pendant longtemps la classe politique a tenté d'évacuer le religieux de l'école - malgré la volonté des parents. Ceux-ci ont constamment poussé pour un retour - d'où le cours d'ECR. Le Québec de Marois n'était pas le Québec des québécois : l'échec de la charte en est un exemple marquant. Les québécois sont pour une pluralité du religieux dans le respect des uns et des autres tout en tenant compte que l'État se doit de préserver une neutralité religieuse. Ce n'est pas le rôle de l'état de faire la chasse aux sorcières pour éliminer de chanter "O Clair de la Lune" dans les garderies car elle contient le mot "Dieu" dedans !
Devrait-on, dans une société libre et respectueuse, empêcher
de louer des locaux d'école en dehors des salles de classes ? Ne devrions-nous pas
aussi analyser les paroles des chansons d'un groupe rock qui voudrait louer
l'auditorium de l'école ? S'il n'y a rien d'illégal et que c'est fait selon les
règles en vigueur, on ne devrait pas même se poser la question. Un musulman
veut louer un local pour ses réunions ? Pas de problème : la liberté de
religion et d'expression sont là pour qu'un puisse dire qu'il n'est pas
d'accord avec la religion musulmane – et même faire une caricature - et que
l'autre puisse louer un local s'il le désire.
Pour en revenir au cas de l’Église du Plateau, si ce groupe était un groupe catholique y aurait-il eu un problème ? Sous cet aspect l'évangélisme québécois et le catholicisme pratiquant se ressemblent beaucoup : aimer les autres et faire du bien parce que Dieu les a aimé tout en désirant parler de Jésus à celui qui leur demande. Peut-être que de laisser un groupe entrer sur le terrain de l'école dans le contexte actuel n'est ni acceptable ni sage mais de les empêcher de faire une donation pour payer un orthopédagogue ?
En conclusion, vouloir parler de Jésus ou défendre bec et ongle l'imposition d'une laïcité dure où seul l'athéisme est vu comme acceptable sont tous les deux des convictions philosophiques. Continuons de laisser savoir aux médias et aux partis politiques que le Québec et le Canada sont profondément pluriels et que notre volonté est d'articuler un vivre ensemble harmonieux sur des valeurs communes où les philosophies athées et les philosophies religieuses ont chacun leur place dans le paysage sans pour autant interdire l'un ou l'autre de pouvoir participer à l'exercice démocratique ou social.
Jean-Sébastien Morin, B.A., M.A (Philosophie - éthique appliquée), M.TH, PH.D (Cand)
Professeur-associé en théologie de l'Université Laval
Pour en revenir au cas de l’Église du Plateau, si ce groupe était un groupe catholique y aurait-il eu un problème ? Sous cet aspect l'évangélisme québécois et le catholicisme pratiquant se ressemblent beaucoup : aimer les autres et faire du bien parce que Dieu les a aimé tout en désirant parler de Jésus à celui qui leur demande. Peut-être que de laisser un groupe entrer sur le terrain de l'école dans le contexte actuel n'est ni acceptable ni sage mais de les empêcher de faire une donation pour payer un orthopédagogue ?
En conclusion, vouloir parler de Jésus ou défendre bec et ongle l'imposition d'une laïcité dure où seul l'athéisme est vu comme acceptable sont tous les deux des convictions philosophiques. Continuons de laisser savoir aux médias et aux partis politiques que le Québec et le Canada sont profondément pluriels et que notre volonté est d'articuler un vivre ensemble harmonieux sur des valeurs communes où les philosophies athées et les philosophies religieuses ont chacun leur place dans le paysage sans pour autant interdire l'un ou l'autre de pouvoir participer à l'exercice démocratique ou social.
Jean-Sébastien Morin, B.A., M.A (Philosophie - éthique appliquée), M.TH, PH.D (Cand)
Professeur-associé en théologie de l'Université Laval
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