mardi, décembre 06, 2011

Pasteurs, préparez-vous votre départ ?


Pasteurs, préparez-vous votre départ ? Ce n'est pas seulement une publicité pour la retraite mais une question réelle pour la santé de votre église. Si demain vous tombiez gravement malade, vous mourriez ou vous acceptiez un poste dans une autre église qu'adviendrait-il de votre église ? Serait-elle capable de subvenir à ses besoins en terme de relation d'aide, de prédications, d'enseignement, d'évangélisation et de gestion ?

Si la réponse est "Mais évidemment non ! Sinon, je servirais à quoi moi !?" vous tombez dans la catégorie du pasteur traditionnel ou de ce que l'on appelle le "pasteur-curé". Le pasteur-curé effectue la majeure partie du ministère lui-même et quand il quitte, un autre prendra sa place. Malheureusement, nous n'avons plus les ressources humaines pour pouvoir faire cela. Sous toutes probabilités, si vous mourrez ou quittez, il risque fortement de n'y avoir personne pour vous remplacez.

Quelle est la solution ? La solution se trouve en fait dans le Nouveau testament où nous voyons que le pasteur par définition est un pasteur-formateur. Le rôle des anciens et des leaders est d'équiper les chrétiens à prendre soin du peuple de Dieu. Être pasteur-formateur ça veut dire prêcher moins, mais enseigner à prêcher, faire moins de visites mais enseigner à faire des visites. Être pasteur c'est de devenir maître dans l'art de former et de déléguer.

"Mais qu'est-ce que je vais faire quand il y aura tellement de gens formés dans mon église que je ne pourrai plus prêcher ou que je n'aurais plus rien à faire ?" La réponse est simple : vous partirez l'implantation d'une église fille ou vous irez servir dans une église qui ont besoin d'un formateur ! Que le Seigneur bâtisse son église !

9 choses que m'apportent le ministère de John MacArthur


9 choses que m’apporte le ministère de John MacArthur

6 choses positives et 3 points de réflexion

A la lumière récente de la conférence SOLA, j’aimerais réfléchir à ce que nous pouvons apprendre du ministère d’enseignement de John MacArthur. J’aimerais commencer par dire que MacArthur fut une influence très importante dans ma propre vie et mon propre ministère. J’ai lu beaucoup de ces livres et possèdent non pas une mais deux version de sa Bible de commentaires. Dans cet article, j’aimerais réfléchir sur 6 choses positives que m’a apportées le ministère de MacArthur ainsi que de trois points qui méritent notre réflexion.

1)L’importance d’être un homme qui n’a pas à rougir de la vérité

Dans une culture qui nivelle souvent tout vers le bas et qui désire bâtir une unité malgré une diversité théologique trop importante, MacArthur nous rappelle que la vérité existe et qu’elle vaut la peine qu’on la défende. Un des rôles indéniables des pasteurs est la protection doctrinale du troupeau. Ceci est particulièrement un défi à une époque où les gens peuvent entendre une pléiade d’autres prédicateurs pendant le reste de la semaine.

2) La centralité de la Bible pour notre théologie et pour notre pratique

Si un mot me venait en tête pour décrire MacArthur ce serait « L’Écriture ». MacArthur a un profond désir d’enraciner l’entièreté de son ministère dans la Bible. J’ai rarement rencontré un prédicateur plus sérieux que lui dans son désir d’utiliser la Bible. Mon désir de me former a été, en grande partie pour vouloir suivre son exemple.

3) La prédication expositoire

MacArthur a été probablement mon premier contact avec une approche « expositoire » de la prédication. Son slogan « The Bible… one verse at a time » décrit bien son ministère et son accent. La prédication ne devrait pas être la place pour notre propre tribune mais pour exposer ce que Dieu désire nous enseigner. À partir de son ministère, j’ai la preuve que nous pouvons prêcher sur n’importe quel passage de la Bible.


4) Il est important – même en tant que pasteur – d’écrire si Dieu nous en donne le don.

En tant qu’écrivain moi-même, MacArthur a aussi été une grande influence pour moi. Son écriture m’a beaucoup aidé et m’a montré l’importance pour l’Église d’avoir de telles ressources, particulièrement en français. Sa contribution pour l’église évangélique est tout simplement formidable.

5) Une bonne compréhension de l’Évangile

Peu de livres ont eu un impact sur ma théologie comme l’a eu « L’Évangile selon Jésus » et « l’Évangile selon les apôtres ». MacArthur remet en question l’Évangile antinomien et l’Évangile de la fausse assurance qui sont si souvent présents dans nos églises évangéliques québécoises. MacArthur a réveillé le monde évangélique au fait que si le salut est gratuit, la repentance demande de tout donner à Jésus. « Si quelqu’un ne prend pas sa croix et ne me suit pas, il ne peut pas être mon disciple » (Luc 14.27). Il s’agit probablement du verset qui a eu le plus grand influence dans ma vie et le ministère. Pour cela, gloire à Dieu pour le ministère de John MacArthur.


6) La fidélité à une église locale

Dans un monde où un ministère pastoral dure entre trois et cinq ans, MacArthur est un modèle de dévouement et de persévérance avec plus de trois décennies – si pas plus ! - dans la même église. Cela nous enseigne à penser long terme et non seulement à rester quelques années. Nous voulons être là où Dieu nous place et non pas jouer à l’église musicale sans cesse.

Des points à réfléchir

Quand nous avons des enfants, souvent une des choses qui nous irritent le plus chez-eux est nos propres défauts. Nous aimerions passer à nos enfants seulement nos qualités, mais nous leur passons aussi nos défauts, nos habitudes et nos attitudes, pour le meilleur et pour le pire et ce, parfois sans même réaliser que ces choses sont des défauts. Il en est de même théologiquement. J’aimerais donc terminer avec quelques réflexions sur des points où nous ferions peut être mieux de ne pas suivre John MacArthur.

L’influence de MacArthur sur le Québec évangélique est non seulement indéniable mais elle a été déterminante sous plusieurs aspects. Mon directeur de thèse de doctorat souligne une chose intéressante : les évangéliques disent ne pas avoir de magistère, mais il suggérait que notre magistère sont en fait les MacArthur, les Swindoll et les Carson de ce monde. Je crois qu’il y a beaucoup de vrai dans cette affirmation dans ce sens que pour beaucoup si MacArthur ou Carson l’a dit, cela doit être vrai. Les problèmes émergent quand nos « magistères » ne s’entendent pas sur un point particulier (les dons spirituels, l’expiation limitée, etc.).

À tout fin pratique, pour beaucoup d’évangéliques « John MacArthur » et la théologie baptiste (ou la bonne théologie) sont des synonymes interchangeables. (À cet effet, nous recommandons la lecture de Baptist Theology – A Four Century Study de Leo Garrett sorti pour le quatre-centième du baptisme qui nous démontre que la théologie baptiste est plurielle).

La première phrase de la préface du nouveau livre de MacArthur devrait nous faire réfléchir : « Après plus de cinquante ans consacrés à traduire, étudier, enseigner, prêcher le Nouveau Testament, et écrire sur des sujets qui s’y rapportent, je pensais avoir assez bien identifié et compris toutes ses vérités, notamment dans le domaine néotestamentaire de l’Évangile » (MacArthur, Esclave, 2011, p.9). MacArthur continue avec la thèse de son nouveau livre que le concept que nous sommes des esclaves du Christ a souvent été occulté de la théologie évangélique.

Voici donc quatre choses en tant « qu’enfant » où je désire être différent de mes « parents » :


1) Bien que je croie que l’Écriture est claire sur les sujets importants et pertinents au salut (la clarté de l’Écriture), je crois qu’il y a un problème d’attitude théologique quand on affirme avoir compris toutes les vérités du Nouveau Testament.

Aucun père de l’église, ni aucun réformateur ni aucune église n’est dépositaire de l’entière vérité. Le penser nous met sur la pente d’une arrogance théologique qui nous mène à élargir le nombre de doctrines « primaires » et essentielles. Chrysostome disait « Dans les choses essentielles, l’unité ; dans les choses secondaires, la charité mais en tous et en toutes Jésus-Christ ».

Quelles sont doctrines « essentielles » du christianisme ? Essentiellement, nous dirions que ce sont les doctrines qui sont les plus claires dans l’Écriture. Mais si tout est « clair » pour nous est-ce que l’eschatologie, la position sur les dons spirituels, sur la sainte-cène, sur l’expiation ne deviennent pas non plus des sujets clairs et donc sur lesquels tout ceux qui pensent différents que nous sont « OUT » ?

C’est cette attitude de détenir la vérité sur des sujets secondaires qui a contribué au fait que le protestantisme évangélique se divise constamment. Que penser de la division dans le mouvement baptiste dans les années 1970 sur le fait ou non que Jésus soit remonté au ciel avec son sang ? Pourquoi l’eschatologie, au Québec, a–t-elle été si longtemps conçue comme un sujet essentiel au point que l’on questionnait la foi de l’autre qui n’était pas dispensationaliste et que travailler ensemble était pratiquement commettre l’apostasie ? J’aimerais dire que j’exagère mais tous ceux qui étaient chrétiens à l’époque savent très bien que c’est la triste réalité.

Comprenez-moi bien, je ne dis pas que tout est flou ou acceptable, au contraire ! J’ai des convictions et des convictions profondes qu’il me fera plaisir de débattre lors de discussions théologiques, mais je réalise que sur certains points – secondaires – beaucoup de frères peuvent avoir des opinions différentes – même au sein d’une même église locale et être quand même des frères en Jésus-Christ. Comme le disait un des mes pasteurs, un de mes mentors théologiques, lors de son entrevue pour l’ordination : « Peut-être que sur certain point je suis dans l’erreur – ou même hérétique – mais cela ne veut pas dire que demain je le serai encore ». Je suis personnellement persuadé que j’ai tort dans certains points de ma théologie, le problème c’est que je ne sais pas lesquels ! Et c’est justement pour cela que nous avons besoin de l’Église et des gens qui ne pensent pas comme nous.

2) En tant que philosophe, personnellement j’aime beaucoup les débats vifs et j’aime vraiment les coups d’éclats dans les discussions mais dans la réalité l’Écriture nous enseigne à ne pas être polémiste mais de reprendre avec douceur et respect.

MarArthur a eu un impact certains sur ma façon d’aborder les débats théologiques. Des titres tels que « Charismatic Chaos », « Reckless Faith » (une foi qui a échoué), « The Gospel according to Jesus » envoient un message polémiste clair. Je me rappelle que MacArthur m’a influencé dans les titres d’essais que j’ai moi-même écrit : « SOS Démons » pour parler du mouvement du combat spirituel, « La foi vient de ce que l’on ressent ? Non, de ce que l’on entend ! » ; « Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu la Sainte-Psychologie). Un de mes pasteurs m’avait repris à l’époque – pas nécessairement sur le contenu mais sur la forme de mes essais qui devenaient des attaques plutôt que l’exposition de l’écriture. Une phrase de Ravi Zacharias, un des plus grands apologètes de la foi chrétienne, partagée par mon pasteur de l’époque, a été une influence déterminante : « When you throw mud at others, not only do you get your hands dirty but you also lose a lot of ground ». (« Quand tu lances de la boue aux autres non seulement tu as les mains sales, mais tu perds aussi du terrain ! » ).

Sur ce point, je crois que nous devrions davantage imiter Don Carson ou Kevin DeYoung qui, bien qu’ils ont des convictions fermes et les défendent, démontrent quand même une grâce et une humilité dans leur attitude. L’humilité – dans l’attitude – est une des plus marquantes qualités à imiter de Jésus-Christ (Philippiens 2.5).

Quand nous avons une attitude d’humilité (1 Pierre 3.15) nous pouvons avoir une véritable conversation et nous pourrons peut-être amener les gens à changer d’opinion. Une attitude agressive ne convainc généralement que ceux qui sont déjà convaincus et découragent les autres de porter une véritable attention aux faits avancés.

3) Les bagarreurs de rue théologique utilisent souvent le sophisme de l’homme de paille (strawman) dans leur argumentation.

Le sophisme de l’homme de paille est assez simple. Décrivons notre adversaire et sa position d’une manière tellement caricaturale que juste le fait de tenir sa position le discrédite. Par exemple, il n’est pas rare pour les calvinistes de décrire les arminiens comme pensant que l’on peut gagner son ciel et de ce fait il est facile d’attaquer leur position.

Voici un autre sophisme souvent entendu :

1. Les catholiques baptisent les bébés
2. Les réformés baptisent les bébés donc
3. Les réformés sont des « méchants catholiques » et ne peuvent pas être des évangéliques.

En caricaturisant la position réformée on ne se rend pas compte de l’immense nuance qui existe entre le baptême catholique et le baptême réformé. En somme, le sophisme de l’homme de paille nous rassure faussement car nous ne comprenons pas réellement la position adverse mais seulement une caricature de celle-ci. Malheureusement, plusieurs interlocuteurs de MacArthur l’ont souvent accusé de déformer leur propos et de les citer hors de leur contexte (pensons à Ryrie dans la controverse sur le Lordship Salavation par exemple). De même, pendant une des conférences SOLA de MacArthur, celui-ci, d’un jet d’une phrase – sur un sujet autre que celui de la conférence - a relégué tout le sujet de la possession démoniaque comme concernant uniquement Jésus et les apôtres faisant une remarque caricaturale comme justification de sa position.

Nous voyons trop souvent cette attitude dans notre milieu baptiste et nous encourageons souvent nos membres d’église dans cette direction – peut être même sans le savoir. Un véritable dialogue ne peut commencer que lorsqu’on prend le temps de bien comprendre et représenter la position de l’autre. Comprendre ne veut pas dire être d’accord, mais veut dire que nous pouvons réellement éprouver les différentes positions à partir de l’Écriture et nous réaligner par rapport à celle-ci.


En conclusion

Comme n’importe quel enfant, il y a des choses que nous désirons reproduire de notre père… et il y a beaucoup de ces choses dans le ministère de John MacArthur. Mais il y a aussi quelques défauts où nous devons être intentionnel pour ne pas les reproduire et les transmettre à nos propres enfants et ce particulièrement si notre désir pour le monde évangélique québécois est de s’unir, non autour des points secondaires, mais autour de l’Évangile. C’est cet Évangile « qu'il avait déjà promis par ses prophètes dans les Écritures saintes, concerne son Fils, issu selon la chair de la lignée de David, établi, selon l'Esprit Saint, Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d'entre les morts, Jésus Christ notre Seigneur » (Romains 1.3-4).

jeudi, mai 13, 2010

10 énoncés de McLaren dans "A New Kind of Christianity" (2010)

Avertissement : Pour ceux qui désirent comprendre le contexte de l’Église émergente ainsi que du nouveau livre de McLaren veuillez lire le post précédent qui se veut l’introduction à ce résumé. J’ai séparé les deux messages, sachant que certains ne se rendraient peut être pas à la description des points avancé par McLaren dans son livre.

1) Le problème majeur des évangéliques selon McLaren est qu’ils lisent la Bible comme une constitution immuable alors qu’ils devraient la lire comme un narratif, l’histoire de Dieu au travers celle des hommes.

2) Pour McLaren, le Dieu cruel, génocidaire et déterministe trouvé dans l’A.T n’est pas « le dernier mot sur le caractère de Dieu » (p.103). En fait, nous aurions selon lui, au travers l’Ancien (et le Nouveau Testament) la compréhension changeante de l’homme à propos de Dieu. Donc si Dieu demande un génocide dans l’AT, c’est l’homme qui l’aurait compris (à tort) ainsi. Cela revient à la position néo-orthodoxe qui dit que la Bible contient la Parole de Dieu. Le problème avec cette position est de déterminer qui décide ce qui est Parole de Dieu et ce qu’il ne l’est pas. Cette position de « l’Évolution de Dieu » n’est qu’une variante à saveur un peu plus conservatrice de la position des sciences des religions qui dit que le peuple d’Israël est passé au travers son histoire d’un polythéisme, à un dieu tribal à monothéisme bénévolent.

3) La personne de Christ nous pointe vers le dépassement de l’éthique biblique : de la même façon que le Nouveau testament élimine la polygamie, de même nous avons dépassé l’éthique biblique par rapport à l’esclavage, la place des femmes dans la société, notre traitement de la planète et bien sûr, de l’homosexualité. (« The question is complexified from « Is homosexuality right or wrong? » to « How should gay and straight people understand and treat one another in God’s kingdom » (p.180).

4) Si l’enfer est définit comme un lieu de tourments éternel alors Dieu est un psychopathe profond et cruel (p.34-35). Donc l’enfer n’existe pas. « Now remember, in making this contrast, I’m not trying to defend the view of God in the Noah story as morally acceptable, ethically satisfying, and theologically mature » (p.110).

5) McLaren accuse les évangéliques d’interpréter Jésus à la lumière d’Augustin, de Thomas d’Aquin et de 2000 ans de théologie et propose d’interprétation Jésus à partir de l’AT (pp.35-36, p.120-126). Néanmoins, dans la réalité il interprète Jésus à la lumière de John Dominic Crossan, Marcus Borg et d’autres pour qui le Jésus des évangiles n’a pas même de ressemblance au « vrai Jésus ».

6) Le concept de la chute et de la rédemption n’est pas un concept biblique mais la surimposition de la philosophie platoniste et néo-platoniste sur la Bible (p.33 et suivante).

7) Mclaren avance une nouvelle version de l’universalisme. En bout de ligne, tout le monde sera sauvé car le jugement n’est pas une condamnation « As a first step in seing judgment in our new eschatological context, we must stop defining it as condemnation » (p.203) [Judment] means reconciling and restoring » (p.204). Dans son concept, ce sont les parties en nous qui sont mauvaises qui seront brulées pour ne garder que le bon et le semblable à Christ (p.204) et ce, dans les gens de toutes les religions.

8) L’Évangélisation n’est plus vraiment nécessaire : « Evangelism would cease to be a matter of saving souls from a bad ending[…] It would cease to be a proclamation of the superiority of the Christian religion.» (p.216). L’Évangile est la proclamation du Royaume. Le Royaume redéfinit par McLaren est le fait le monde devient de meilleur en meilleur en participant et en suivant l’exemple du Christ.

9)Dans la réalité McLaren (p.201) propose un genre de postmillénarisme tout en rejetant le terme. Pourquoi ? parce que dans la notion du postmillénarisme il y a déterminisme - quoique triomphal : Dieu a décrété que la fin serait mieux. McLaren s’oppose à tout déterminisme de la part de Dieu (ça enlèverait toute liberté et mettrait sur le dos de Dieu la responsabilité d’avoir créé (ou permis) le mal. Il doit donc embrasser la perspective de l’Open Theism. Il propose une eschatologie participatoire où Dieu nous accompagne toujours dans une direction où il y a davantage d’espoir.

10) McLaren finit par renier la seconde venue du Christ (p.198-199). Se basant sur l’interprétation de NT Wright de Matthieu 24, nous ne devons pas attendre un retour de Jésus (ce que même Wright lui-même ne va pas jusqu’à dire). Il attribue la parousie à la présence de Christ dans l’Église et dans la destruction du temple en 70.

Revue critique de A New Kind of Christianity (2010) de Brian McLaren


Revue-critique de « A New Kind of Christianity » (2010) de Brian McLaren
Jean-Sébastien Morin, PH.D (Cand)


La question de l’Église émergente est une question fascinante, à tel point qu’il s’agit là de mon sujet de doctorat. Ma question de recherche : « L’Église émergente est-elle à l’intérieur de l’orthodoxie évangélique ? » m’amène, dans un premier temps, à tout lire ce qui est écrit sur le sujet et à tenter de classifier les croyances du mouvement émergent. Le nouveau livre de Mclaren, tout frais sorti des presses en 2010 m’aide clairement à répondre à ma question doctorale.
Un des dangers devant tout nouveau mouvement ou idée est de se positionner rapidement « pour » ou « contre », souvent sans même avoir lu les livres respectifs. C’est ce phénomène qu’a provoqué, en Europe, la traduction française du premier livre de McLaren sur la question de l’église dans la postmodernité : « The Church on the Other side : Doing Ministry in the post-modern matrix » (ou « Reinventing your Church » dans sa première édition). Le titre en français, bien mal choisi, a donné : « Réinventer l’Église » donnant l’impression à prime abord que McLaren désirait mettre de côté les enseignements et l’histoire de l’Église pour créer quelque chose de complètement nouveau (et donc forcément hérétique). Dans la réalité, outre son titre français provocateur, ce premier livre n’avançait pas vraiment d’idées si défrisantes que cela. Nous y trouvions là ses premières pistes de réflexion sur une incarnation de l’Église dans la postmodernité. Il fallait attendre son deuxième livre sur le sujet : « A New Kind of Christian » sorti à la fin des années 1990 pour y trouver des idées bien plus décontenançantes.

« A New Kind of Christian » était le premier volume d’une trilogie de romans théologiques. Plus léger à lire qu’un livre de théologie dogmatique, McLaren nous présentait, dans la forme de discours socratiques, un pasteur évangélique aux prises avec de grandes questions et doutes sur la foi qui rencontre un collègue avec qui il entretient de profondes conversations provocatrices d’idées pour l’amener à réfléchir. Beaucoup, d’après les idées de ce livre ont accusé McLaren d’être un hérétique. La réponse de McLaren était que le livre était une fiction théologique qui a pour but de nous faire réfléchir, de lancer la discussion afin de la faire progresser plus loin. Dans ce sens, ce n’était pas, disait-on, nécessairement les positions de McLaren qui étaient exposées mais de réelles questions que nous avions à engager en tant que théologiens et pasteurs évangéliques.

Il y a au travers la trilogie de McLaren plusieurs choses positives. Premièrement, on y trouve une explication assez claire de ce que signifie et implique le passage de la modernité à la postmodernité ainsi que des angles morts de la modernité et de l’église moderne. Pour donner un exemple : quand, au Moyen-âge, les théologiens ont appris que la terre était ronde et que la terre n’était pas le centre de l’Univers, il a fallu repenser plusieurs éléments de notre théologie. Non pas que la Bible elle-même a dû être repensée mais que notre compréhension de celle-ci et du monde a du changer. Il y a, selon McLaren plusieurs changements importants avec la venue de la postmodernité qui doivent nous amener à repenser l’incarnation de l’Église aujourd’hui.

McLaren nous aide aussi à réaliser que al crise vécue apr le pasteur dans son livre est partagée par beaucoup de nos jeunes aujourd’hui. Il est manifeste que l’Église évangélique est en crise sur plusieurs niveaux. On voit ceci particulièrement avec l’exode massif hors de l’église évangélique de nos jeunes universitaires. Nos réponses « modernes » évidentielles fétiches à la Josh McDowell ne satisfont tout simplement pas plusieurs de nos jeunes de plus en plus éduqués. Pourquoi ? Parce que la postmodernité a changé radicalement notre façon de comprendre le monde et de penser. Nos réponses d’hier ne répondent plus aux questions de demain. La postmodernité a amené des réflexions et des remises en questions majeures en science, en littérature, en histoire, en arts, en philosophie et en théologie. Par exemple, la physique quantique nous a apporté des questions importantes au niveau épistémologique : Avons-nous accès à la réalité telle qu’elle est ou seulement à notre expérience de celle-ci ? La vérité existe-t-elle et si oui, y avons-nous accès ? Si nous transposons ces questions dans le domaine biblique : les vérités énoncées dans la Bible sont-elles des accommodations (notion développé entre autre par Calvin) de Dieu à notre nature et compréhensions limitées ou sont-elles les vérités « pures » de la perspective de Dieu ?

En histoire, on remet en question maintenant la possibilité de ne jamais pouvoir arriver à une reconstruction « objective » des faits. L’histoire est toujours interprétation nous dit-on, donc toujours taintée de subjectivisme. Qu’est-ce que cela veut dire pour les évangiles ? De même, en littérature, toutes la polémique dans les questions de l’intention de l’auteur versus l’interprétation du lecteur (voir Anthony Thiselton (New Horizons in Hermeneutics) et Kevin Vanhoozer (Is There a Meaning in this Text?) nous ont amené à douter que l’on puisse jamais retrouver l’intention de l’auteur, si centrale à l’interprétation évangélique. L’apport de l’approche narrative (narratologie) à la Bible amène aussi d’autres questions : si la Bible est en bonne partie narrative en quel sens le texte fait-il ou a-t-il de l’autorité ?

Avec la postmodernité vient aussi le pluralisme religieux : pour une des premières fois dans l’histoire nous pouvons avoir pour voisins ou collègues de travail un hindou, un musulman, un athée, un mormon, etc. L’omniprésence de d’autres option philosophiques et religieuses nous amène 1) à constater que les gens de d’autres croyances ne sont pas nécessairement « d’horribles pécheurs » et donc 2) à remettre en question l’exclusivisme du christianisme comme chemin vers Dieu: Dieu va-t-il vraiment envoyer en enfer la majorité de l’humanité ? Au niveau du vécu de l’église évangélique elle-même, la version « moderne » de l’église ne semble pas sans défis : le taux de divorce est égal si pas supérieur à ceux du monde, les évangéliques vivent divisions après divisions sur plein de sujets secondaires et le Sola Scriptura des réformateurs a été transformé en un « Solo Scriptura » où chaque individu devient un magistère en lui-même. Plusieurs dans l’église émergente veulent repenser l’église en réaction justement à cette religiosité évangélique.

En ce sens, la « discussion émergente » (car le mouvement n’aime pas être appelé « église ») se veut une réflexion (et action) sur comment être l’église aujourd’hui. On peut, à notre avis, leur donner un A sur l’aspect de description du problème et de l’état de la question. Pour nous faire réfléchir, ils nous font réfléchir et nous obligent à faire face aux vraies questions posées par le monde. Malheureusement, c’est là que la bonne note arrête car s’ils posent les bonnes questions, ils en viennent presque systématiquement aux mauvaises réponses. C’est cela qui fit, notamment que des pasteurs tels que Mark Driscoll se sont retirés de la discussion émergente. Il existe une tendance forte vers une version libérale de la foi chrétienne. On peut néanmoins discerner, à notre avis, deux lignes de pensée dans la discussion émergente : celle présentée par McLaren et ses collègues et celle proposée par Robert Webber. Bien que nous n’examinerons pas la tendance de Webber ici, nous proposons fortement la lecture de son Ancien-Future Faith où il compare les trois générations d’évangéliques du 20ème siècle. La piste de Webber est que plusieurs des questionnements amenés par la postmodernité trouvent leurs réponses déjà dans l’histoire et les pères de l’Église. Il nous faut donc, en tant qu’évangéliques soigner notre amnésie historique collective et cette pensée magique à la Descartes que les évangéliques sont issus d’une sorte de génération spontanée qui seraient les premiers après les apôtres à réfléchir bibliquement sur les grandes questions.

Pour en revenir à McLaren, après sa trilogie de A New Kind of Christian qui se voulait du combustible à réflexion, il a commencé à écrire plusieurs livres où il tente de formuler ses réponses aux questions de la postmodernité. Il le fait bien maladroitement dans Generous Orthodoxy (qui a été commenté par D.A Carson dans son livre sur l’Église émergente) et The Secret Message of Jesus. Mais rien n’est plus clair que dans son tout nouveau livre A New Kind of Christianity (2010) où McLaren, très clairement affiche ses couleurs. Certains qui, comme moi, trouve que McLaren pose de bonnes questions m’accuseront ici de lui porter des intentions mauvaises. A New Kind of Christianity ne pourrait être plus clair sur les positions actuelles de McLaren. Les personnes qui doutent de ce que j’avance dans les prochaines lignes sont invitées à lire pour elle-même le nouveau livre de McLaren.

Je serais tenté de renommer le titre A New Kind of Christianity pour An Old Kind of Heresy en ce qu’il n’y a dans ce livre rien de nouveau si ce n’est que le vieux libéralisme des années 1930 remis au goût du jour. Les arguments de McLaren sont les thèses reprises par plusieurs Christ et qui sont foncièrement hostiles au christianisme historique : Marcus Borg, John Dominic Crossan. McLaren tente de reformuler les dites thèses en leur donnant une saveur davantage « évangélique » alors que profondément elles changent le cœur même de l’Évangile et du caractère de Christ. Voici dix propositions de McLaren dans son nouveau livre A New Kind of Christianity (2010) qui n’est pas à confondre avec A New Kind of Christian (1999):

1)Le problème majeur des évangéliques selon McLaren est qu’ils lisent la Bible comme une constitution immuable alors qu’ils devraient la lire comme un narratif, l’histoire de Dieu au travers celle des hommes.

2)Pour McLaren, le Dieu cruel, génocidaire et déterministe trouvé dans l’A.T n’est pas « le dernier mot sur le caractère de Dieu » (p.103). En fait, nous aurions selon lui, au travers l’Ancien (et le Nouveau Testament) la compréhension changeante de l’homme à propos de Dieu. Donc si Dieu demande un génocide dans l’AT, c’est l’homme qui l’aurait compris (à tort) ainsi. Cela revient à la position néo-orthodoxe qui dit que la Bible contient la Parole de Dieu. Le problème avec cette position est de déterminer qui décide ce qui est Parole de Dieu et ce qu’il ne l’est pas. Cette position de « l’Évolution de Dieu » n’est qu’une variante à saveur un peu plus conservatrice de la position des sciences des religions qui dit que le peuple d’Israël est passé au travers son histoire d’un polythéisme, à un dieu tribal à monothéisme bénévolent.

3)La personne de Christ nous pointe vers le dépassement de l’éthique biblique : de la même façon que le Nouveau testament élimine la polygamie, de même nous avons dépassé l’éthique biblique par rapport à l’esclavage, la place des femmes dans la société, notre traitement de la planète et bien sûr, de l’homosexualité. (« The question is complexified from « Is homosexuality right or wrong? » to « How should gay and straight people understand and treat one another in God’s kingdom » (p.180).

4)Si l’enfer est définit comme un lieu de tourments éternel alors Dieu est un psychopathe profond et cruel (p.34-35). Donc l’enfer n’existe pas. « Now remember, in making this contrast, I’m not trying to defend the view of God in the Noah story as morally acceptable, ethically satisfying, and theologically mature » (p.110).

5)McLaren accuse les évangéliques d’interpréter Jésus à la lumière d’Augustin, de Thomas d’Aquin et de 2000 ans de théologie et propose d’interprétation Jésus à partir de l’AT (pp.35-36, p.120-126). Néanmoins, dans la réalité il interprète Jésus à la lumière de John Dominic Crossan, Marcus Borg et d’autres pour qui le Jésus des évangiles n’a pas même de ressemblance au « vrai Jésus ».

6)Le concept de la chute et de la rédemption n’est pas un concept biblique mais la surimposition de la philosophie platoniste et néo-platoniste sur la Bible (p.33 et suivante).

7)Mclaren avance une nouvelle version de l’universalisme. En bout de ligne, tout le monde sera sauvé car le jugement n’est pas une condamnation « As a first step in seing judgment in our new eschatological context, we must stop defining it as condemnation » (p.203) [Judment] means reconciling and restoring » (p.204). Dans son concept, ce sont les parties en nous qui sont mauvaises qui seront brulées pour ne garder que le bon et le semblable à Christ (p.204) et ce, dans les gens de toutes les religions.

8)L’Évangélisation n’est plus vraiment nécessaire : « Evangelism would cease to be a matter of saving souls from a bad ending[…] It would cease to be a proclamation of the superiority of the Christian religion.» (p.216). L’Évangile est la proclamation du Royaume. Le Royaume redéfinit par McLaren est le fait le monde devient de meilleur en meilleur en participant et en suivant l’exemple du Christ.

9)Dans la réalité McLaren (p.201) propose un genre de postmillénarisme tout en rejetant le terme. Pourquoi ? parce que dans la notion du postmillénarisme il y a déterminisme - quoique triomphal : Dieu a décrété que la fin serait mieux. McLaren s’oppose à tout déterminisme de la part de Dieu (ça enlèverait toute liberté et mettrait sur le dos de Dieu la responsabilité d’avoir créé (ou permis) le mal. Il doit donc embrasser la perspective de l’Open Theism. Il propose une eschatologie participatoire où Dieu nous accompagne toujours dans une direction où il y a davantage d’espoir.

10) McLaren finit par renier la seconde venue du Christ (p.198-199). Se basant sur l’interprétation de NT Wright de Matthieu 24, nous ne devons pas attendre un retour de Jésus (ce que même Wright lui-même ne va pas jusqu’à dire). Il attribue la parousie à la présence de Christ dans l’Église et dans la destruction du temple en 70.

En terminant, après avoir fait l'écriture de cette critique, je suis tombé sur la critique dans Christianity Today faite par nul autre que Scot McKnight. McKnight est un des penseurs du clan émergent et avait répondu à Carson après son livre sur l'église émergente. Voici ce qu'il écrit concernant ce dernier livre de son ami et collègue Brian McLaren :

"Unfortunately, this book lacks the "generosity" of genuine orthodoxy and, frankly, I find little space in it for orthodoxy itself. Orthodoxy for too many today means little more than the absence of denying what's in the creeds. But a robust orthodoxy means that orthodoxy itself is the lens through which we see theology. One thing about this book is clear: Orthodoxy is not central.

Alas, A New Kind of Christianity shows us that Brian, though he is now thinking more systemically, has fallen for an old school of thought. I read this book carefully, and I found nothing new. It may be new for Brian, but it's a rehash of ideas that grew into fruition with Adolf von Harnack and now find iterations in folks like Harvey Cox and Marcus Borg. For me, Brian's new kind of Christianity is quite old. And the problem is that it's not old enough".

(Vous pouvez trouver cet article en ligne sur : http://www.christianitytoday.com/ct/2010/march/3.59.html?start=1)

Un Blog pour l'Église

Bonjour à tous,

La raison d'être d'un blog est de partager avec d'autres le fruits de réflexions. En tant que pasteur et théologien un de mes sujets favoris de réflexion est l'Église et ce, autant dans sa dimension pratique (comment faire le ministère?) que théologique (qu'est-ce que l'Église aujourd'hui?).

Vous trouverez dans ce blogue principalement des ressources : traduction-résumé de livres anglophones, critiques de livres ou outils pour réfléchir l'Église d'aujourd'hui. Bien sûr, nous vous invitons à commenter et à participer, bien sûr dans une attitude de respect qui sied à des chrétiens.

Bonne lecture !