mardi, décembre 06, 2011

9 choses que m'apportent le ministère de John MacArthur


9 choses que m’apporte le ministère de John MacArthur

6 choses positives et 3 points de réflexion

A la lumière récente de la conférence SOLA, j’aimerais réfléchir à ce que nous pouvons apprendre du ministère d’enseignement de John MacArthur. J’aimerais commencer par dire que MacArthur fut une influence très importante dans ma propre vie et mon propre ministère. J’ai lu beaucoup de ces livres et possèdent non pas une mais deux version de sa Bible de commentaires. Dans cet article, j’aimerais réfléchir sur 6 choses positives que m’a apportées le ministère de MacArthur ainsi que de trois points qui méritent notre réflexion.

1)L’importance d’être un homme qui n’a pas à rougir de la vérité

Dans une culture qui nivelle souvent tout vers le bas et qui désire bâtir une unité malgré une diversité théologique trop importante, MacArthur nous rappelle que la vérité existe et qu’elle vaut la peine qu’on la défende. Un des rôles indéniables des pasteurs est la protection doctrinale du troupeau. Ceci est particulièrement un défi à une époque où les gens peuvent entendre une pléiade d’autres prédicateurs pendant le reste de la semaine.

2) La centralité de la Bible pour notre théologie et pour notre pratique

Si un mot me venait en tête pour décrire MacArthur ce serait « L’Écriture ». MacArthur a un profond désir d’enraciner l’entièreté de son ministère dans la Bible. J’ai rarement rencontré un prédicateur plus sérieux que lui dans son désir d’utiliser la Bible. Mon désir de me former a été, en grande partie pour vouloir suivre son exemple.

3) La prédication expositoire

MacArthur a été probablement mon premier contact avec une approche « expositoire » de la prédication. Son slogan « The Bible… one verse at a time » décrit bien son ministère et son accent. La prédication ne devrait pas être la place pour notre propre tribune mais pour exposer ce que Dieu désire nous enseigner. À partir de son ministère, j’ai la preuve que nous pouvons prêcher sur n’importe quel passage de la Bible.


4) Il est important – même en tant que pasteur – d’écrire si Dieu nous en donne le don.

En tant qu’écrivain moi-même, MacArthur a aussi été une grande influence pour moi. Son écriture m’a beaucoup aidé et m’a montré l’importance pour l’Église d’avoir de telles ressources, particulièrement en français. Sa contribution pour l’église évangélique est tout simplement formidable.

5) Une bonne compréhension de l’Évangile

Peu de livres ont eu un impact sur ma théologie comme l’a eu « L’Évangile selon Jésus » et « l’Évangile selon les apôtres ». MacArthur remet en question l’Évangile antinomien et l’Évangile de la fausse assurance qui sont si souvent présents dans nos églises évangéliques québécoises. MacArthur a réveillé le monde évangélique au fait que si le salut est gratuit, la repentance demande de tout donner à Jésus. « Si quelqu’un ne prend pas sa croix et ne me suit pas, il ne peut pas être mon disciple » (Luc 14.27). Il s’agit probablement du verset qui a eu le plus grand influence dans ma vie et le ministère. Pour cela, gloire à Dieu pour le ministère de John MacArthur.


6) La fidélité à une église locale

Dans un monde où un ministère pastoral dure entre trois et cinq ans, MacArthur est un modèle de dévouement et de persévérance avec plus de trois décennies – si pas plus ! - dans la même église. Cela nous enseigne à penser long terme et non seulement à rester quelques années. Nous voulons être là où Dieu nous place et non pas jouer à l’église musicale sans cesse.

Des points à réfléchir

Quand nous avons des enfants, souvent une des choses qui nous irritent le plus chez-eux est nos propres défauts. Nous aimerions passer à nos enfants seulement nos qualités, mais nous leur passons aussi nos défauts, nos habitudes et nos attitudes, pour le meilleur et pour le pire et ce, parfois sans même réaliser que ces choses sont des défauts. Il en est de même théologiquement. J’aimerais donc terminer avec quelques réflexions sur des points où nous ferions peut être mieux de ne pas suivre John MacArthur.

L’influence de MacArthur sur le Québec évangélique est non seulement indéniable mais elle a été déterminante sous plusieurs aspects. Mon directeur de thèse de doctorat souligne une chose intéressante : les évangéliques disent ne pas avoir de magistère, mais il suggérait que notre magistère sont en fait les MacArthur, les Swindoll et les Carson de ce monde. Je crois qu’il y a beaucoup de vrai dans cette affirmation dans ce sens que pour beaucoup si MacArthur ou Carson l’a dit, cela doit être vrai. Les problèmes émergent quand nos « magistères » ne s’entendent pas sur un point particulier (les dons spirituels, l’expiation limitée, etc.).

À tout fin pratique, pour beaucoup d’évangéliques « John MacArthur » et la théologie baptiste (ou la bonne théologie) sont des synonymes interchangeables. (À cet effet, nous recommandons la lecture de Baptist Theology – A Four Century Study de Leo Garrett sorti pour le quatre-centième du baptisme qui nous démontre que la théologie baptiste est plurielle).

La première phrase de la préface du nouveau livre de MacArthur devrait nous faire réfléchir : « Après plus de cinquante ans consacrés à traduire, étudier, enseigner, prêcher le Nouveau Testament, et écrire sur des sujets qui s’y rapportent, je pensais avoir assez bien identifié et compris toutes ses vérités, notamment dans le domaine néotestamentaire de l’Évangile » (MacArthur, Esclave, 2011, p.9). MacArthur continue avec la thèse de son nouveau livre que le concept que nous sommes des esclaves du Christ a souvent été occulté de la théologie évangélique.

Voici donc quatre choses en tant « qu’enfant » où je désire être différent de mes « parents » :


1) Bien que je croie que l’Écriture est claire sur les sujets importants et pertinents au salut (la clarté de l’Écriture), je crois qu’il y a un problème d’attitude théologique quand on affirme avoir compris toutes les vérités du Nouveau Testament.

Aucun père de l’église, ni aucun réformateur ni aucune église n’est dépositaire de l’entière vérité. Le penser nous met sur la pente d’une arrogance théologique qui nous mène à élargir le nombre de doctrines « primaires » et essentielles. Chrysostome disait « Dans les choses essentielles, l’unité ; dans les choses secondaires, la charité mais en tous et en toutes Jésus-Christ ».

Quelles sont doctrines « essentielles » du christianisme ? Essentiellement, nous dirions que ce sont les doctrines qui sont les plus claires dans l’Écriture. Mais si tout est « clair » pour nous est-ce que l’eschatologie, la position sur les dons spirituels, sur la sainte-cène, sur l’expiation ne deviennent pas non plus des sujets clairs et donc sur lesquels tout ceux qui pensent différents que nous sont « OUT » ?

C’est cette attitude de détenir la vérité sur des sujets secondaires qui a contribué au fait que le protestantisme évangélique se divise constamment. Que penser de la division dans le mouvement baptiste dans les années 1970 sur le fait ou non que Jésus soit remonté au ciel avec son sang ? Pourquoi l’eschatologie, au Québec, a–t-elle été si longtemps conçue comme un sujet essentiel au point que l’on questionnait la foi de l’autre qui n’était pas dispensationaliste et que travailler ensemble était pratiquement commettre l’apostasie ? J’aimerais dire que j’exagère mais tous ceux qui étaient chrétiens à l’époque savent très bien que c’est la triste réalité.

Comprenez-moi bien, je ne dis pas que tout est flou ou acceptable, au contraire ! J’ai des convictions et des convictions profondes qu’il me fera plaisir de débattre lors de discussions théologiques, mais je réalise que sur certains points – secondaires – beaucoup de frères peuvent avoir des opinions différentes – même au sein d’une même église locale et être quand même des frères en Jésus-Christ. Comme le disait un des mes pasteurs, un de mes mentors théologiques, lors de son entrevue pour l’ordination : « Peut-être que sur certain point je suis dans l’erreur – ou même hérétique – mais cela ne veut pas dire que demain je le serai encore ». Je suis personnellement persuadé que j’ai tort dans certains points de ma théologie, le problème c’est que je ne sais pas lesquels ! Et c’est justement pour cela que nous avons besoin de l’Église et des gens qui ne pensent pas comme nous.

2) En tant que philosophe, personnellement j’aime beaucoup les débats vifs et j’aime vraiment les coups d’éclats dans les discussions mais dans la réalité l’Écriture nous enseigne à ne pas être polémiste mais de reprendre avec douceur et respect.

MarArthur a eu un impact certains sur ma façon d’aborder les débats théologiques. Des titres tels que « Charismatic Chaos », « Reckless Faith » (une foi qui a échoué), « The Gospel according to Jesus » envoient un message polémiste clair. Je me rappelle que MacArthur m’a influencé dans les titres d’essais que j’ai moi-même écrit : « SOS Démons » pour parler du mouvement du combat spirituel, « La foi vient de ce que l’on ressent ? Non, de ce que l’on entend ! » ; « Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu la Sainte-Psychologie). Un de mes pasteurs m’avait repris à l’époque – pas nécessairement sur le contenu mais sur la forme de mes essais qui devenaient des attaques plutôt que l’exposition de l’écriture. Une phrase de Ravi Zacharias, un des plus grands apologètes de la foi chrétienne, partagée par mon pasteur de l’époque, a été une influence déterminante : « When you throw mud at others, not only do you get your hands dirty but you also lose a lot of ground ». (« Quand tu lances de la boue aux autres non seulement tu as les mains sales, mais tu perds aussi du terrain ! » ).

Sur ce point, je crois que nous devrions davantage imiter Don Carson ou Kevin DeYoung qui, bien qu’ils ont des convictions fermes et les défendent, démontrent quand même une grâce et une humilité dans leur attitude. L’humilité – dans l’attitude – est une des plus marquantes qualités à imiter de Jésus-Christ (Philippiens 2.5).

Quand nous avons une attitude d’humilité (1 Pierre 3.15) nous pouvons avoir une véritable conversation et nous pourrons peut-être amener les gens à changer d’opinion. Une attitude agressive ne convainc généralement que ceux qui sont déjà convaincus et découragent les autres de porter une véritable attention aux faits avancés.

3) Les bagarreurs de rue théologique utilisent souvent le sophisme de l’homme de paille (strawman) dans leur argumentation.

Le sophisme de l’homme de paille est assez simple. Décrivons notre adversaire et sa position d’une manière tellement caricaturale que juste le fait de tenir sa position le discrédite. Par exemple, il n’est pas rare pour les calvinistes de décrire les arminiens comme pensant que l’on peut gagner son ciel et de ce fait il est facile d’attaquer leur position.

Voici un autre sophisme souvent entendu :

1. Les catholiques baptisent les bébés
2. Les réformés baptisent les bébés donc
3. Les réformés sont des « méchants catholiques » et ne peuvent pas être des évangéliques.

En caricaturisant la position réformée on ne se rend pas compte de l’immense nuance qui existe entre le baptême catholique et le baptême réformé. En somme, le sophisme de l’homme de paille nous rassure faussement car nous ne comprenons pas réellement la position adverse mais seulement une caricature de celle-ci. Malheureusement, plusieurs interlocuteurs de MacArthur l’ont souvent accusé de déformer leur propos et de les citer hors de leur contexte (pensons à Ryrie dans la controverse sur le Lordship Salavation par exemple). De même, pendant une des conférences SOLA de MacArthur, celui-ci, d’un jet d’une phrase – sur un sujet autre que celui de la conférence - a relégué tout le sujet de la possession démoniaque comme concernant uniquement Jésus et les apôtres faisant une remarque caricaturale comme justification de sa position.

Nous voyons trop souvent cette attitude dans notre milieu baptiste et nous encourageons souvent nos membres d’église dans cette direction – peut être même sans le savoir. Un véritable dialogue ne peut commencer que lorsqu’on prend le temps de bien comprendre et représenter la position de l’autre. Comprendre ne veut pas dire être d’accord, mais veut dire que nous pouvons réellement éprouver les différentes positions à partir de l’Écriture et nous réaligner par rapport à celle-ci.


En conclusion

Comme n’importe quel enfant, il y a des choses que nous désirons reproduire de notre père… et il y a beaucoup de ces choses dans le ministère de John MacArthur. Mais il y a aussi quelques défauts où nous devons être intentionnel pour ne pas les reproduire et les transmettre à nos propres enfants et ce particulièrement si notre désir pour le monde évangélique québécois est de s’unir, non autour des points secondaires, mais autour de l’Évangile. C’est cet Évangile « qu'il avait déjà promis par ses prophètes dans les Écritures saintes, concerne son Fils, issu selon la chair de la lignée de David, établi, selon l'Esprit Saint, Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d'entre les morts, Jésus Christ notre Seigneur » (Romains 1.3-4).

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